C'est probablement la meilleure trilogie de ces dix dernières années voire plus, et il est fort regrettable de se rendre compte que ces films ne provoquent pas plus d'engouement que ça (en gros, ils ont le tord d'être issus d'un pays européen). Bref, passons ce détail trivial et intéressons nous, plutôt au contenu.
Pusher, à la base, c'est une histoire pas très originale voire simple, mais terriblement réaliste. Au sein de Copenhague, on suit le quotidien , et on croise la plupart du temps, des dealers sans véritable importance. On assiste donc à leur petites affaires, leurs arnaques, leurs difficultés financières ainsi que leur vie amoureuse pathétique.
Le réalisateur Nicolas Winding Refn, dépeint cet univers opaque sans artifices. A l'image du milieu qu'il décrit, sa mise en scène se montre percutante et brute de décoffrage. En conséquence, il a opté pour un visuel et une approche qui se rattache au style documentaire. Ce qui accentue l'authenticité du milieu du crime Danois, mais ça renforce aussi et surtout l'empathie que peut avoir le spectateur, à l'égard de ces protagonistes paumés et un peu minables. Sous l'oeil de la caméra de Refn, ces derniers ne sont pas jugé. Ils sont montré comme de simples gars, plus ou moins débrouillards, qui n'ont fait que de mauvais choix dans leur existence. Jusqu'au moment où ils arrivent à un stade critique, les emmenant dans des situations et des actes extrêmes.
D'ailleurs, il y a quelque chose de formidable, de bien pensé dans ce triptyque et qui mérite d'être souligné: pour chaque long métrage, on change de personnage principal au profit d'un autre qui était secondaire dans le précédent opus.
Mine de rien, le fait de mettre en place ces trois portraits d'hommes en perdition (Frank, Tonny, Milo) est une idée ingénieuse et un concept génial, car ça permet de poser un regard diffèrent sur eux.
Par exemple: Milo que l'on découvre dans le premier film en tant que méchant, c'est un baron de la drogue flippant et capable de tout à la moindre entourloupe. En revanche, quand il est sous le feu des projecteurs dans le troisième film, on s'aperçoit vite qu'il est bien plus complexe et ambiguë qu'aux premiers abords. Au fond de lui, ce n'est pas un mauvais bougre, d'autant plus qu'il veut et essaye de s'en sortir.
Et c'est la même chose pour le héros du second opus, Tonny (campé par l'excellent Mads Mikkelsen). Ce n'est pas qu'un junkie écervelé qui raconte constamment des conneries pour amuser la galerie. C'est bien plus profond que ça, on se rend compte que c'est un type paumé, blessé, car rejeté et méprisé par son père. Il est considéré comme un fils illégitime en quelque sorte.
C'est ça qui est balèze avec Refn: il garde toute la cohérence et la substance psychologique initiale des personnages et parvient ensuite, avec ces séquelles, à insuffler un nouvel angle d'approche sur ces hommes. D'octroyer plus de profondeur et d'ajouter d'autres facettes à leur personnalités et sans pour autant perdre en crédibilité.
Voilà en partie pourquoi, je considère cette trilogie excellente et digne d'intérêt. Ce sont des long métrages homogènes, et malgré tout, les suites arrivent à apporter quelque chose en plus.
Et quand on connait la genèse de Pusher 2 et 3 (films de commandes, fomentés dans l'urgence puisque le réalisateur avait des dettes monstrueuses), c'est un sacré exploit d'avoir livré des oeuvres sincères, personnelles et de grandes qualités.
