Au terme de quelques années de disettes, en raison de projets ambitieux avortés, Guillermo Del Toro retrouve enfin son poste de réalisateur. Avec dans sa besace un long métrage au concept simpliste sur le papier (Robots pharaoniques VS Monstres titanesques), mais hyper alléchant quand on a connaissance du bagage visuel du cinéaste mexicain. Mais aussi de l'amour qu'il éprouve à l'égard des êtres monstrueux. Que ce soit à propos de sa propension à être méticuleux dans la direction artistique, de sa maitrise de la mise en scène, mais aussi de sa manière de jongler habilement entres différentes techniques d'effets spéciaux; alors oui ce blockbuster avait tous les atouts en mains afin d'exploiter pleinement le potentiel du cinéaste.
Qu'en est-il au juste ?
Je peux affirmer que sur ce plan là, il ne m'a pas déçu, bien au contraire même. Alors que son dernier film Hellboy 2, était une merveille en terme de pur divertissement. A savoir que c'était terriblement fun, léger et beau à regarder. Pacific rim est dans la droite lignée de celui-ci. On a plus ou moins les mêmes ingrédients et le savoir faire du bonhomme, mais c'est transposé dans un univers bien diffèrent. Ce n'est ni plus ni moins ce que j'attendais d'un tel long métrage. En prendre plein les mirettes et rêver pendant deux heures au bas mot.
Ce qui est déroutant en premier lieu, c'est le cachet visuel de l'ensemble. Techniquement c'est parfait. Il est rare qu'un film m'épate pour la qualité de ses effets spéciaux, mais là je dois admettre que j'étais bouche bée. Le studio ILM a fait un boulot monstrueux, alors que je croyais ce dernier en nette perte de vitesse face, notamment, à la concurrence néo-zélandaise. Que nenni, dès qu'il s'agit de mettre en scène des robots, les gens d'ILM sont les patrons.
Si en outre on ajoute la mise en scène de Del Toro mettant en valeur le travail effectué. On peut dire que c'est en quelque sorte la combinaison parfaite: entre un mec passionné et talentueux qui sait précisément ce qu'il veut, et des personnes compétentes et qui ont les moyens de fournir ce qu'il désire à la base. Il est logique que ça fonctionne du tonnerre.
C'est vraiment immersif, et ils ont tout fait pour que cela le soit, dans le choix des cadres (ni trop près, ni trop loin) on ressent très bien le gigantisme des mechas et des bestioles. Quand ces mastodontes se mettent en mouvement, on ressent bien tout leur poids s'écraser sur le sol. Ou bien lors des scènes de combat, les coups portés font très mal (la première patate qu'afflige Gipsy danger à son ennemi, j'étais sur le cul). D'où l'utilité des plans du cockpit, cela rend les batailles encore plus palpitantes. L'impression d'être aux côtés des personnages, de subir les coups et de les donner, est renforcée.
C'est là que Del Toro a été intelligent, il a su proposer un spectacle épique et impressionnant, sans tomber dans de l’esbroufe facile ou racoleuse. Après tout, il y avait la place pour faire quelque chose de plus virtuose avec la caméra, mais dans quel but au juste ? Puisque même sans avoir recours à ça, le spectateur (moi en l’occurrence) a été happé par ce qu'il a vu.
Et puis la photographie de Guillermo Navarro, que dire... Toutes ses couleurs chatoyantes en décors intérieurs ou extérieurs. La ville de Hong Kong la nuit, est magnifique. Encore une fois, c'est un choix pertinent d'avoir opté pour l'obscurité la majeure partie du temps (même si c'est récurrent dans la filmo du gros mexicain) vu que cela magnifie le travail de ce chef opérateur.
Ceci dit, je vais éviter d'en tartiner davantage sur la forme (trop tard), car il n'y a pas que cet aspect qui m'a intéressé dans ce film. Effectivement, j'ai aussi pas mal accroché à l'histoire et à certains personnages.
Le script est certes simple et dénué d'originalité, cependant en aucun cas comme j'ai pu le lire à droite et à gauche, je l'ai perçu comme fade ou mal écrit.
Sur ce qui est proposé, à savoir des protagonistes cohérents et qui sont suffisamment étoffés, j'y ai cru. J'ai cru à cette vision du futur où les humains préfèrent construire des Jaegers pour faire face aux Kaijus, j'ai cru à l'amour naissant entre Raleigh Becket et Mako Mori (grâce aux regards que s'échangent les deux acteurs), j'ai cru au paternalisme de Stacker Pentecost le mentor des pilotes, j'ai cru au trauma des deux protagonistes principaux (le flashback sur l'enfance de Mako est superbe), etc...
Bref, il y a des choses intéressantes auxquelles j'ai naturellement adhéré, puisque selon moi l'histoire n'a pas été sacrifiée au profit du spectacle. Sans tomber dans l'excès, on prend le temps de s'attacher aux personnages, sans oublier d'autre part qu'on est dans un gros divertissement avec le quota de moments spectaculaires requis.
C'est réellement un film de Del Toro, j'ai pas eu cette sensation de voir une commande, ou une oeuvre bridée par les producteurs. Je pense que le mec l'assume totalement et il a raison.
Ce n'est pas un grand film dans la mesure où il y a quelques défauts (j'aurai aimé qu'on garde le mystère sur les Kaijus) et un certain manque dans la caractérisation de certains personnages (essentiellement les pilotes Russes et Chinois), néanmoins je me suis éclaté comme rarement devant une oeuvre aussi dispendieuse.
Pacific rim c'est bien, c'est bourrin sans être crétin !
